mercredi 28 décembre 2005

James Tissot , c'est nous ?












De passage à Nantes, je vois l'affiche qui présente l'exposition James Tissot, au Musée des Beaux-Arts. Pourquoi hésiter ?
Je plonge vers le XIXe siècle... presque seule en cette veille de Noël.
A peine entrée, c'est la surprise : partie à la découverte, me voilà en face de scènes familières, mille fois rencontrées, mille fois vues... En fait, qui ne connaît pas La Rencontre de Faust et de Marguerite, Le Retour du fils prodigue, les scènes de la guerre de 1870 ? Je veux dire : qui, ayant eu une enfance bourgeoise, agrémentée de cours de piano et de plongée studieuse dans le Grand Larousse illustré, ne s'est pas imprégné des reproductions en noir et blanc de ses oeuvres, qu'on voyait sur les murs grands-parentaux, dans les revues illustrées, dans les livres qui trainaient dans les greniers ??
Ces scènes rabachées dont on négligeait l'auteur... J'apprends au fil des salles qu'il était Nantais, riche. Fin coloriste, il sut négocier son talent, et le mettre en scène. Faussement plagiaire, il sut vulgariser les inventions picturales des Grands qu'il fréquentait. Whistler s'en plaignait.
Analyse après la surprise. Une confirmation, en fait : l'importance joué par le Moyen-Age dans ce monde de rupture qu'Arnold Toynbee qualifia de "révolution industrielle"... Ce monde de mécaniques bruyantes, ce monde qui inventa le frog, le chomage et l'accident du travail (attention ! inventer c'est faire émerger l'existant, lui donner existence juridique, en faire une catégorie sociale), on s'en préservait, on s'en dégageait en se nichant mentalement dans un gothique, édulcoré comme une Renaissance... Quid, en résonance , de nos gothiques et autres Kameloot ????
Autre sensation, du côté du malaise, cette fois : Les femmes sourient rarement dans ces décors à la précision diamantaire. Des femmes que le luxe ne comblait pas... Il n'est pour s'en convaincre que de comparer les dames de Sennones, celle d'Ingres et son double de fin de siècle, l'une et l'autre également boudeuse, la première saisie dans sa tranquillité, la seconde dans son inquiétude. A méditer.
J'ai aimé le catalogue, tout particulièrement le "James Tissot et l'Angleterre", d'Alison Smith qui mêle subtilement le social et l'esthétique et les interrogations soulevées par Anne Labourdette dans "James Tissot et la photographie".