samedi 31 décembre 2005

Le Petit-Palais à l'oeil





Cueillette, ce jour, au Petit-Palais...






Les visiteurs
traversent
le XIXe siècle
avec un zeste
de désinvolture...

et le XVIIIe siècle
avec
fascination

jeudi 29 décembre 2005

Louis XIV, ce mal français...

Pour tout avouer, j'étais de mauvaise humeur en achetant Le Point. Quel titre, mon dieu ! Le siècle de Louis XIV. Quand la France dominait le monde... La besace à tirages était donc plate à ce point, vidée de ses habituels : "Où va l'immobilier?", "La France en faillite", "Le salaire des cadres" et autres "Grandes Ecoles : le palmarès" que la rédaction en vienne à brasser les poncifs historiques ? Le monde d'alors aurait été bien surpris d'apprendre que la France le dominait... Et réciproquement, d'ailleurs...! Tout juste, l'élite européenne aimait-elle penser dans notre langue et prisait-elle notre culture. Tout juste, Louis XIV tenta-t-il d'élargir le royaume jusqu'au Rhin, sans succès; tout juste obtint-il, péniblement et au prix de l'épuisement de son peuple, la stabilisation de nos frontières. Mais voilà, il construisit Versailles, malgré Colbert, notons-le. Versailles, symbole voulu d'un Etat puissant. Versailles, devenu haut lieu du tourisme international et récemment rénové grâce au mécenat... américain. Juste retour des choses et poids de l'imparfait?
Eh bien, j'avais tort : le dossier est excellent. Il est bien mené, bien illustré, et il mobilise de grands noms. La plume de François Lebrun est toujours aussi vivante, légère et efficace. L'interview d'Olivier Chaline touche juste. La mise au point sur le Code noir et l'esclavage était indispensable. Merci donc au Point. Et merci, plus encore, à l'Assemblée nationale de n'avoir point légiféré sur le rôle positif de Louis XIV. Car cela nous aurait privé d'un beau débat que le magazine pose en ces termes : la faute à Louis XIV ?
La faute ? Quelle faute ?? Jacques Marseille répond sans ambages : Si notre pays est actuellement mal en point, c'est parce que Louis XIV a mis à mal l'esprit d'entreprise, qu'il a tué la concurrence en développant l'emploi protégé, en condamnant les élites à la gestion du service public. En bref, le Grand Roi a assasiné le pays en prophétisant la permanence de l'Etat.
L'affirmation est grave. Pas plus, en effet, qu'il n'appartient à la Loi de disposer de l'Histoire, il n'appartient à l'Historien de disposer du destin d'un peuple ou d'une nation. C'est dire qu'au-delà d'un roi, fut-il nec pluribus impar, c'est la conception-même de la science historique qui est en jeu : explication objective du passé, et possiblement aide à l'action pour les uns, dont je suis ; recherche du coupable et du péché originel pour Jacques Marseille. Avec au bout la désespérance : si les entrepreneurs s'en sont laissés compter à ce point depuis le XVIIe siècle, comment, aujourd'hui, parviendraient-ils à bouger ?? A moins que... mais j'ose à peine le penser car nous basculerions définitivement de l'Histoire vers l'idéologie, à moins que Jacques Marseille ne considère implicitement l'évolution en cours, à moins que cette dénonciation louis -quatorzienne ne soit en définitive qu'un plaidoyer pour l'extinction des Etats nationaux à quoi pourrait conduire la "globalisation"... Enfin libres ! Enfin débarrassés de Louis XIV ! serait le cri de victoire des entrepreneurs sortis de trois siècles d'oppression par les bienfaits de la mondialisation ????? Est-ce inconsciemment ou pour plus de crédibilité que le Louis XIV mis en scène ressemble comme un frère à cet autre roi, à dire vrai de bien piètre envergure, qui se voulut absolutiste et fut emporté par le libéralisme, j'ai nommé Charles X, dont le règne s'acheva en 1830 ?
Quoiqu'il en soit, au seul plan historique, l'argumentation pose problème : elle présente l'esprit d'entreprise comme un fait a-historique, existant en soi qui n'aurait pas eu besoin de se construire. Ce qui est totalement faux. L'entrepreneur, autant que l'Etat, est le fruit de l'histoire, un fruit vivant, évolutif, changeant. Quoique noble, Boisguilbert reprocha sévèrement à Louis XIV d'avoir appauvri le pays. Le premier, il travailla à définir les relations entre Etat et société. Lui, et après lui Melon, Cantillon, puis Gournay, ouvrirent un domaine neuf dans l'histoire de la pensée, qui s'appela d'abord économie politique, puis économie... Et, c'est dans ce mouvement d'analyse de la crise par les élites, que se trouva définie l'entreprise, ses fonctions, ses conditions d'existence... Ainsi, l'Etat louis-quatorzien accoucha bien malgré lui de l'entreprise, en tant que figure économique... Qu'elle ait été un enfant adultérin, est une autre histoire...
Ah, j'oubliais ! La "centralisation", je veux dire : le mot, l'idée et sa réalisation, est fille de la Révolution, du gouvernement révolutionnaire qui inventa le terme et en fit une règle, au nom de l'efficacité de l'Etat et de sa rapidité d'intervention...

mercredi 28 décembre 2005

James Tissot , c'est nous ?












De passage à Nantes, je vois l'affiche qui présente l'exposition James Tissot, au Musée des Beaux-Arts. Pourquoi hésiter ?
Je plonge vers le XIXe siècle... presque seule en cette veille de Noël.
A peine entrée, c'est la surprise : partie à la découverte, me voilà en face de scènes familières, mille fois rencontrées, mille fois vues... En fait, qui ne connaît pas La Rencontre de Faust et de Marguerite, Le Retour du fils prodigue, les scènes de la guerre de 1870 ? Je veux dire : qui, ayant eu une enfance bourgeoise, agrémentée de cours de piano et de plongée studieuse dans le Grand Larousse illustré, ne s'est pas imprégné des reproductions en noir et blanc de ses oeuvres, qu'on voyait sur les murs grands-parentaux, dans les revues illustrées, dans les livres qui trainaient dans les greniers ??
Ces scènes rabachées dont on négligeait l'auteur... J'apprends au fil des salles qu'il était Nantais, riche. Fin coloriste, il sut négocier son talent, et le mettre en scène. Faussement plagiaire, il sut vulgariser les inventions picturales des Grands qu'il fréquentait. Whistler s'en plaignait.
Analyse après la surprise. Une confirmation, en fait : l'importance joué par le Moyen-Age dans ce monde de rupture qu'Arnold Toynbee qualifia de "révolution industrielle"... Ce monde de mécaniques bruyantes, ce monde qui inventa le frog, le chomage et l'accident du travail (attention ! inventer c'est faire émerger l'existant, lui donner existence juridique, en faire une catégorie sociale), on s'en préservait, on s'en dégageait en se nichant mentalement dans un gothique, édulcoré comme une Renaissance... Quid, en résonance , de nos gothiques et autres Kameloot ????
Autre sensation, du côté du malaise, cette fois : Les femmes sourient rarement dans ces décors à la précision diamantaire. Des femmes que le luxe ne comblait pas... Il n'est pour s'en convaincre que de comparer les dames de Sennones, celle d'Ingres et son double de fin de siècle, l'une et l'autre également boudeuse, la première saisie dans sa tranquillité, la seconde dans son inquiétude. A méditer.
J'ai aimé le catalogue, tout particulièrement le "James Tissot et l'Angleterre", d'Alison Smith qui mêle subtilement le social et l'esthétique et les interrogations soulevées par Anne Labourdette dans "James Tissot et la photographie".

mardi 27 décembre 2005

Clio...? Une muse en colère...

Amateurs de voitures, fuyez !!
Ce blog ne sacrifie pas à Renault, mais à l'Histoire dont Clio, inventée par les Grecs, est la muse éponyme.
"Clio, le greffier de l’âme, pareille à celle qui tient les comptes (…)
Ecris, Clio ! confère à toute chose le caractère authentique. Point de pensée
Que notre opacité personnelle ne réserve le moyen de circonscrire
O observatrice, ô guide, ô inscriptrice de notre ombre
!"
Paul CLAUDEL extrait de la première des Cinq Grandes Odes (J'emprunte cette citation au site www.polymusethique.com, de très bon aloi).
Un blog d'Historienne, donc, un atelier en somme, pour penser à haute voix, hors des contraintes universitaires, des filets qui enserrent la pensée, dans une période, dans un domaine, sur un sujet, dans un langage compassé.
Un atelier donc, mais un plaidoyer aussi, en ces temps qui aiment, qui cultivent (mais qui est "qui" ?) le mot-choc, le mot-affect, le terme qui brille, la paraphrase qui décrit l'évènement, le réplique à l'envi sans l'expliquer, en ces temps qui usent de l'image et de l'affect en lieu et place de le pensée.
Un plaidoyer donc, pour la pensée lente, réfléchie, qui décortique et cherche à comprendre, qui s'échine à lire les Anciens et à les comprendre, qui travaillent à trouver sens aux mots, aux actions, au risque de déplaire... qui forcément déplait, puisqu'elle ne flatte pas, et qu'elle néglige de séduire.
Bref : un atelier, un plaidoyer, un moyen aussi d'apaiser cette colère qui ne cède pas.