dimanche 12 mars 2006

Blogologie




Merci à France-Culture d'avoir présenté ce tout jeune blog ! La "Nouvelle Fabrique de l'Histoire" est une belle émission, alerte et intelligente, comme cette radio sait les faire et les produire. J'ai souvenir encore des excellents "Cabinets de curiosités", et de l'Agora de Gilles Lapouge, qui furent de beaux moments, tout comme l'est d'ailleurs "Rue des Entrepreneurs", sur France Inter...
Et comme une présentation vaut bien une introspection... J'en ai profité pour me demander ce que m'avait apporté de "bloguer".
  • Un premier plaisir d'abord : celui d'un travail d'écriture dégagé des contraintes académiques. Je dis "travail" car pour chacun de ces textes, j'écris j'entre dans le mode "previewe, je reviens, je modifie, j'ajuste, j'ajuste le sens aux mots, les mots au sens; j'hésite et je décide. Bref, chaque ligne est travaillée autant que pour un article ou un livre. Mais l'écriture est autre, dégagée de l'obligation de s'exprimer dans le domaine strict de compétences, dégagée aussi des contraintes rhétoriques et éditoriales, dont il faut bien convenir qu'elles sont des plus en plus lourdes. Ah ! la dictature du correcteur... celui qui compte mieux que vous, et réduit votre vocabulaire à la version abrégée du Robert... Mais qui vous fait courrir après tous les prénoms des personnages historiques que vous avez eu le malheur de citer...
  • Un autre plaisir ensuite, commun, je crois, à toute personne qui blogue , celui de la relation texte-image, de la relation texte - mise en page (pas toujours facile à maîtriser sur "blogger", mais bon...). Le plaisir d'agrémenter et de créer un lien, d'instiller du sens d'une autre manière, de suggérer, de jouer avec l'analogie, dont la puissance de démonstration est grande, de cette puissance que possède le roman et la poésie et que les sciences "humaines" (dites-moi ce que sont les "sciences inhumaines"?) se refusent. Rien de tel que le quantitatif pour prouver, pour garantir et donner de la certitude, n'est-ce pas ?
  • Une compréhension plus fine de la relation à l'immédiateté. Parmi les colères qui m'agite, il y a que la presse a cessé d'exister, que les médias sont devenus des outils à réagir, des excitateurs d'affect et non une matière à penser, un révélateur d'opinion. Et voilà, que dans les premières semaines, je me suis prise à chercher incessamment"sur quoi bloguer". Erreur fatale. Du coup, j'ai compris combien il était difficile d'éviter la frénésie à qui pensait exclusivement dans le tempo de l'évènement. Serions-nous passés de la société d'abondance à la société d'incontinence ? Incontinence affective, verbale, visuelle, motrice, vestimentaire... J'ai décidé de pratiquer l'éloignement, le détour. Et je n'en blogue que mieux.