mercredi 12 avril 2006

Le temps dans la glace

Promenade philosophique au Musée Cognacq-Jay, dans un XVIIIe siècle peuplé de tables, de tapis, de bibelots, de portraits poudrés, de dorures laitonnées et d'engrenages...

« [...] L’Horlogerie étant la science du mouvement, cet art exige que ceux qui le professent connoissent les lois du mouvement des corps ; qu’ils soient bons géomètres, méchaniciens et physiciens ; qu’ils possèdent le calcul, & soient nés non-seulement avec le génie propre à saisir l’esprit des principes, mais encore avec les talents de les appliquer.

« Je n’entends donc pas ici par l’Horlogerie, ainsi qu’on le fait communément, le métier d’exécuter machinalement des montres & des pendules comme on les a vû faire & sans savoir sur quoi cela est fondé ; ce sont les fonctions du manœuvre : mais disposer d’après les principes, d’après les lois du mouvment, en employant les moyens les plus simples & les plus solides : c’est l’ouvrage de l’homme de génie. Lors donc que l’on voudra former un artiste horloger qui puisse devenir célèbre ; il faut premierement sonder sa disposition naturelle, & lui apprendre ensuite le méchanique &c. [...]

« Je ne prétends pas qu’on doive négliger la main d’œuvre au contraire : mais persuadé qu’elle ne doit être qu’en sous-ordre, & que l’homme qui exécute ne doit marcher qu’après l’homme qui imagine, je souhaite qu’on apprécie le mérite de la main & celui du génie chacun à sa valeur ; & je crois être d’autant plus en droit de le dire, que je ne crains pas que l’on me soupçonne de dépriser ce que je ne possede pas. J’ai fait mes preuves en montres & en pendules, & en des parties très difficiles : en tout cas, je puis convaincre les plus incrédules par les faits. [...] » Article « Horlogerie » rédigé par J. B. Le Roy et F. Berthoud, horloger, Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.