samedi 30 septembre 2006

Techno Center, World Center ?


Pourquoi, sortant du Technocentre de Renault,

net, propre, beau "comme un campus américain"

calme dans son nid de verdure

et ses étangs peuplés de carpes

rouges comme des Clios après la pluie,

Pourquoi nous retrouvant dans l'enfer d'une circulation immobile, bruyante, et polluée en fin de journée sur l'A 86, sur le périphérique, à Boulogne-Billancourt, sur les voies sur berge,

ai-je ressenti un malaise ?

L'accueil pourtant avait été sympathique, chaleureux même, de ce bus de chercheurs venus du monde entier pour discuter de la mobilité,

Et la visite instructive et agréable…

Est-ce parce qu'en négatif de ce lieu de travail agréable, bien conçu,

s'inscrivait dans ma tête d'enseignant-chercheur responsable d'une équipe dite "HS", par le CNRS, entendez "Hommes et Société", le prix des chaises, tables, bureaux, lampes…

Tout ce qui nous manque,

la pauvreté des locaux dont nous disposons… ?

Le pas serait-il franchi ?

La production de voitures, d'ipods ou de laptops a-t-elle définitivement pris le pas sur la production de savoir ?


Le malaise est-il venu de ce qu'en contrepoint violent

de ce lieu conçu comme une ville,

en une forme nouvelle d'auto-suffisance

soft, clean,

s'inscrivait

le stress de la circulation, le temps perdu, les paysages gachés, le risque d'accident ?

de ce que se rejoignaient brutalement les deux visages du Janus automobile ?




Ou parce que le "technocentre" se pense monde, omphalos,

Qu'il met en œuvre cette somme d'intelligence et d'esthétique pour quatre roues,un moteur des sièges, un volant, un tableau de bord et un châssis ?

J'en suis sortie avec ce sentiment fâcheux

que la machine oligopole use de la créativité humaine - et qu'elle l'use - à et pour ingérer nos cultures, nos tics, nos mode de pensées, nos goûts, nos dégoûts, qu'elle les digére et les rumine en bon mammifère jusqu'à les rejeter sous forme de supercars, boites de coca, PDA, mp3 et autres cellulaires...,

qu'elle porte l'anodin au pinacle, en galvaudant l'esthétique…

(à condition bien sûr de faire vite... et que cela casse rapidement...!)

Le design serait-il l'ultime mensonge de nos sociétés ?