dimanche 17 décembre 2006

Venise (l'Europe... ?) et l'Orient

J'aime franchir les portes de l'IMA et parcourir son parvis.
Et, tout compte fait, j'accours dès qu'une exposition s'y propose
Telle une invitation.
Voici donc, bienvenu s'il en est,
Venise et l'Orient, qui s'attache à l'entre-deux, s'attarde sur l'inter-face…
L'échange Entre Orient et l'Occident
Via la Sérénissime,
Celle-là même, seule parmi les villes européennes à s'enfoncer,
à la faire pour de vrai…
Noblesse oblige....


Tapis, verres, laitons et aciers ouvragés,

livres, cuirs, tissus tableaux

produits des deux côtés,

fleurissent à foison,

témoignent d'une richesse grandiloquente, insolente,

partagée.


Qui emprunte à qui ? Il n'y a ici ni centre, ni périphérie,
Suffisamment de points communs et de différences,
Pour favoriser le commerce, et susciter l'émulation.
Venise découvre le Coran en même temps que l'imprimerie,
Et le publie.

Les artisans vénitiens enrichissent leur pratique en imitant les objets venus de Syrie,

d'Iran, d'Egypte et d'ailleurs encore dans l'Empire Ottoman.
Venise achète les tapis,
et Gentile Bellini
dresse portrait du Sultan.

Le XVIe siècle fut l'apogée de ce moment d'échanges fructueux,
pour le commerce et la culture.


L'exposition est agréablement présentée,

et l'étroitesse du lieu quelque peu dépassée, avec cette idée originale et réussie de donner à voir par transparence le dos des pièces - tel le turc enchaîné- et le regard des visiteurs en train de les regarder.


Mais je n'ai pu, chemin faisant, m'empêcher de rêver à une autre scénographie.

Une scénographie qui aurait proposé des cartels aisément consultables

Une scénographie qui aurait rendu inutiles ces détestables audiophones,

objets postmodernes s'il en est… avec lequel, chacun dans sa coquille ne regarde que ce qu'il entend et bouscule l'autre dont il oublie la présence.

Une scénographie qui aurait fait de Venise autre chose qu'un isolat,

Une scénographie enfin, qui, au-delà du fantasme esthétique,

Aurait interrogé l'œuvre véritablement,

Et rappelé son économie.

Car quoi : la beauté

n'aurait-elle pour seule raison

que la raison des commanditaires ?

Point aveugle 1 : Soliman le Magnifique avait appris l'orfèvrerie... tout comme son père.

Point aveugle 2 : la place des juifs, comme artisans, comme banquiers, comme intermédiaires...