lundi 12 juin 2006

Le sexe des Techniques

Dieu est un homme, c'est connu.
Qu'à cela ne tienne...
L'ingénieur parangon,
l'ingénieur éponyme,
placé là pour crédibiliser le développement durable,
pour relever le gant du paradoxe
est une femme.
Fin d'une culture ?
Fin d'un monde ?
(publicité publiée par Shell dans le Financial Times, June 8, 2006)

mardi 6 juin 2006

Da Fantomas Code

Entre 1904 et 1911, un feuilleton fit fureur
à Paris et en province,
En province et à Paris,
Surtout à Paris.


L'engouement était général.
Les grands et les petits,
les femmes et les hommes,
les pauvres et les riches,
les intellectuels et ceux qui ne l'étaient pas
les artistes et ceux qui ne l'étaient pas,
Tous lisaient, tous attendaient la suite
Tous palpitaient...

On s'arrachait chaque épisode,
On attendait la suite...
Le héros était chanté, loué, redouté...

Le héros ?? Fantômas...
Oh, pas celui ridiculisé par Louis de Funès
trois quart de siècle plus tard

Fantômas...
Le vrai, le bandit masqué,
le héros noir,
le prince de la nuit,
le Génie du Crime
plus noir que noir,
vif comme l'éclair,
méchant - mais non cynique,
unique causalité des maux du monde:
déraillement des trains
peste en Chine,
terreur au Casino de Monte-Carlo
meurtre chez les Grands
naufrage de paquebots,
insécurité dans le métro.

Fantômas était partout, Fantômas était tout,
Fantômas était l'explication de tout.
Sa présence, son action provoquait tous les malheurs du monde.

En face, pour le combattre, il y avait Juve et Fandor,
Juve le commissaire, figure du père,
Fandor, le journaliste, figure du fils,
Fan/dor antonyme de Fan/tomas.
Skywalker contre DarkVador, déjà...
Mais peut-on combattre tous les maux du monde ?

La lutte cessa en 1913,
juste avant le début de la Grande Guerre...
Elle reprit dans les années 20,
se poursuivit dans les années 30, les années 50, 60
... jusqu'à l'orée des années 80 ...

Fantômas fut le premier grand roman populaire du XXe siècle.
En apparence, une apologie du crime, puisque les bons courent inutilement après le méchant
En réalité, une morale rassurante, car le Méchant s'en prend d'abord aux Méchants
En filigrame, un zeste de culpabilisation : quand il déraille les trains, naufrage les paquebots, s'en prend-il à l'innocence ?
En arrière-plan, un très grand savoir-faire, celui d'Allain et Souvestre, qui cultivaient l'effroi et rendaient leur récit crédible en mêlant habilement réalité et imaginaire, évènements vécus et rumeurs, décors véritables et personnages fictifs.
Tel est, en effet, le ressort fondamental du roman populaire : travailler à la charnière du réel et de son interprétation fantasmée, pour exciter les sens et faire vendre...
... Comme aujourd'hui un certain Da ???? Code...
Sauf qu'aujourd'hui, la presse s'en étonne
et se demande si c'est vrai...