dimanche 4 février 2007

Quand les industriels rêvaient le monde...



Ce Samedi,
entre France-Culture et l'Arsenal...
Répliques, d'abord, irritante émission toujours, et toujours stimulante.
A l'ordre du jour : "Que reste-t-il de la dissidence ?"
La Charte des 77, au regard de l'exercice du pouvoir et des réalités sanglantes d'aujourd'hui,
Et brusquement, au mileu du débat : Munich, l'Irak, le pacifisme des années 70,
changement de ton, une incise.
Le maître des lieux, Alain Finkielkraut rappelle avec fermeté sa position à l'égard de l'Irak pour se défendre des bloggueurs.
A raison. La "Toile", ce cyber-espace, est aussi une "citerne de haine" (ce sont ses mots).

Puis, le premier étage de la bibliothèque de l'Arsenal,
atmosphère feutrée et accueillante
parquets craquants et murs de livres,
"Le siècle des Saints-Simoniens",
exposition aussi réussie que discrète,
St-Simon : son écriture, ses idées, son livre et son crâne,
Enfantin : la jeunesse exaltée, la maturité influente, la Bible, le Coran et l'Industrie
Chevalier, les Péreire, Arlès-Dufour : l'industrie, la politique et le rêve d'une humanité habitant mieux le monde par la grâce de la technique.


Le plaisir de voir que Suez a apporté son soutien à l'Exposition,
Le plaisir d'y voir du monde, beaucoup, de tous âges,
et le plaisir de voir des jeunes gens prenant des notes...

Tout ou presque est dit sur les Saints-Simoniens...
La toile regorge de bonnes feuilles, qu'il faut feuilleter,
et les librairies de très bons livres, qu'il faut lire : Musso, Picon, Grange, etc., François Perroux, aussi, en son temps, et le catalogue, édité par Nathalie Coilly et Philippe Régnier.
Que retenir de ce beau travail ?
1) la rémanence de l'idéologie révolutionnaire qui porte la pensée industrielle des décennies durant autant que la pensée scientifique, et confère sa tonalité à l'idée de "progrès";
2) Cette recherche dans laquelle confusément nous sommes, de trouver ce qui relie l'Orient et l'Occident historiquement, idéalement, positivement;
3) Du côté de l'anthropologie politique - ou sociale, la prégance de la figure du Père, au travers des civilisations et des époques;
3) Le rappel, à l'aune de nos déboires, de combien le XIXe siècle fut, de Saint-Simon à Karl Marx, un siècle où l'on projetait, où l'on pensait au-delà de l'individu, où l'on supposait la technique par essence au service du progrès social, où l'imaginaire anticipait sur le réel au nom du collectif. A quoi renvoient ces journaux multiples, qui fleurirent le siècle durant, parfois éphémères, souvent essentiels, et que l'exposition évoque judicieusement ? Aux blogs d'aujourd'hui bien évidemment, la transcendance et la confiance en moins...
A moins que notre transcendance à nous, ce soit la haine,
et le cynisme, la confiance que se donnent nos sociétés d'individus...

La modernité n'aura-telle été qu'une "eschatologie fourvoyée" comme disait Vaclav Belohradsky,
ce matin,
dans Répliques...??