lundi 12 février 2007

Violences sur mobiles

Entendu ce matin, à la radio, un reportage sur la loi votée en Suède, en 1979, interdisant l'usage de la fessée pour punir les petits enfants... Avec la difficulté qu'il y a désormais en Suède à donner aux enfants, un statut d'enfant... Comment éduquer un "petit adulte", auquel on apprend dès les plus jeunes années, qu'il peut ester en justice contre des parents ou une institutrice dont il a estimé le comportement indélicat... ? De semblables lois vont être votées en Grande-Bretagne et en Californie.
Ecouté ce soir, sur M6, "Zone interdite", un reportage sur le "happy slapping", horrible et même insoutenable : des jeunes qui violent, violentent, passent à tabac..., un professeur en collège, une copine au sortir d'une soirée en boite, un malheureux assoupi sur un banc, pour le seul plaisir de filmer la scène sur un portable et de faire circuler la vidéo...
Et, elles circulent ces vidéos, de téléphone portable en téléphone portable, elles font le tour des lycées, des collèges en même temps que les vidéos de famille et les vidéogags...
Et de portables en Google, des ludothèques se forment, des ludothèques du geste barbare...
dont se repaît une jeunesse abandonnée à elle-même.
Qui de Nokia, Samsung, Orange et autres Bouygues... se portera partie civile contre l'usage du mobile pour ces pratiques barbares ???

La guerre des boutons vire au cauchemar.
L'éthique fuit devant la mise à plat, pire : il se délite.
Et l'image virtuelle tue le symbolique.
La relation de l'homme au monde, j'entends la relation directe, immédiate,
a fait naître la technique, le symbolique... la violence gratuite certes, mais aussi la beauté.

Et les médias ?
En 1830, la presse a fait naître le gouvernement d'opinion.
Qu'engendre Google ???
Côté pile, l'addiction - que cultive une économie friande.
Côté face, la mise en actes --- brutale, violente, inconséquente, inhumaine.

En regard, la mise en mots -- ce haut lieu de l'humanité, le véritable connecting people -- s'estompe.
Je me souviens de jeunes, une nuit, dans un centre-ville de province, dont la seule protestation était le hurlement.
(au passage, vive le rap !!)
Quant à la mise en oeuvre, où peut-elle s'exercer ??

Qu'importe, l'honneur est sauf, la lutte s'engage contre la fessée...

dimanche 4 février 2007

Quand les industriels rêvaient le monde...



Ce Samedi,
entre France-Culture et l'Arsenal...
Répliques, d'abord, irritante émission toujours, et toujours stimulante.
A l'ordre du jour : "Que reste-t-il de la dissidence ?"
La Charte des 77, au regard de l'exercice du pouvoir et des réalités sanglantes d'aujourd'hui,
Et brusquement, au mileu du débat : Munich, l'Irak, le pacifisme des années 70,
changement de ton, une incise.
Le maître des lieux, Alain Finkielkraut rappelle avec fermeté sa position à l'égard de l'Irak pour se défendre des bloggueurs.
A raison. La "Toile", ce cyber-espace, est aussi une "citerne de haine" (ce sont ses mots).

Puis, le premier étage de la bibliothèque de l'Arsenal,
atmosphère feutrée et accueillante
parquets craquants et murs de livres,
"Le siècle des Saints-Simoniens",
exposition aussi réussie que discrète,
St-Simon : son écriture, ses idées, son livre et son crâne,
Enfantin : la jeunesse exaltée, la maturité influente, la Bible, le Coran et l'Industrie
Chevalier, les Péreire, Arlès-Dufour : l'industrie, la politique et le rêve d'une humanité habitant mieux le monde par la grâce de la technique.


Le plaisir de voir que Suez a apporté son soutien à l'Exposition,
Le plaisir d'y voir du monde, beaucoup, de tous âges,
et le plaisir de voir des jeunes gens prenant des notes...

Tout ou presque est dit sur les Saints-Simoniens...
La toile regorge de bonnes feuilles, qu'il faut feuilleter,
et les librairies de très bons livres, qu'il faut lire : Musso, Picon, Grange, etc., François Perroux, aussi, en son temps, et le catalogue, édité par Nathalie Coilly et Philippe Régnier.
Que retenir de ce beau travail ?
1) la rémanence de l'idéologie révolutionnaire qui porte la pensée industrielle des décennies durant autant que la pensée scientifique, et confère sa tonalité à l'idée de "progrès";
2) Cette recherche dans laquelle confusément nous sommes, de trouver ce qui relie l'Orient et l'Occident historiquement, idéalement, positivement;
3) Du côté de l'anthropologie politique - ou sociale, la prégance de la figure du Père, au travers des civilisations et des époques;
3) Le rappel, à l'aune de nos déboires, de combien le XIXe siècle fut, de Saint-Simon à Karl Marx, un siècle où l'on projetait, où l'on pensait au-delà de l'individu, où l'on supposait la technique par essence au service du progrès social, où l'imaginaire anticipait sur le réel au nom du collectif. A quoi renvoient ces journaux multiples, qui fleurirent le siècle durant, parfois éphémères, souvent essentiels, et que l'exposition évoque judicieusement ? Aux blogs d'aujourd'hui bien évidemment, la transcendance et la confiance en moins...
A moins que notre transcendance à nous, ce soit la haine,
et le cynisme, la confiance que se donnent nos sociétés d'individus...

La modernité n'aura-telle été qu'une "eschatologie fourvoyée" comme disait Vaclav Belohradsky,
ce matin,
dans Répliques...??