lundi 6 avril 2009

Industrial Heritage in Mexico City

Chapitre 1. La Plaza Loreto à Mexico City



En mission au Mexique pour deux semaines pour le master Erasmus Mundus TPTI, je découvre grâce aux collègues mexicains de l'UNAM, Sergio Niccolai et Norma Susana Ortega, la très réhabilitation de la fabrique de papier Loreto y Pena Sobre. L'endroit, connu maintenant sous le nom de Plaza Loreto, se situe entre les avenues Revolucion et Rio Magdalena. Réhabilitation impertinente au regard des critères européens : privée, ô combien, puisque l'oeuvre de Carlos Slim, la première fortune mondiale (selon un classement qui n'est pas de Shangai), commerciale à souhait, mais aussi culturelle en diable, et remarquablement agencée. On y trouve des magasins, des cinémas, un gymnase, et... le musée Soumaya, qui abrite, entre autres, la plus importante collection d'oeuvres de Rodin en Amérique Latine.

L'endroit est passant, accueillant, populaire, agréable aussi au regard du climat. Il est aussi documenté historiquement, avec le maintien volontaire des structures des anciens ateliers, et dans la cafétéria, d'une machine à papier éponyme du site.
L'usine, en effet, qui a fonctionné près de 80 années, de 1906 à 1986, fut l'une des plus grandes usines à papier d'Amérique Latine. Son fondateur : Alberto Lenz, venu d'Allemagne, arrivé au Mexique en 1890. Encore qu'il ne s'agisse pas exactement d'une fondation : un moulin à papier l'avait précédé de 1760 à 1882 (Victoria Novelo, "Fabricas de Papel", Arqueologia de la Industria en Mexico, Museo Nacional de Culturas Populares, Coyoacan, 1983 ou 1984). La réhabilitation a fait évoluer le site de friche industrielle en lieu commercial et culturel, sans détruire bien au contraire, la trace de l'activité industrielle. Carlos Slim a réhabilité d'autres sites de cette manière. A tout prendre : n'est-ce pas du "win-win", comme on dit aujourd'hui... ? Dans une ville, il est vrai, forte de vingt millions d'habitants et dont l'économie foncière dépend, entre autres, d'une géologie et d'un environnement volcanique avec une activité sismique marquée qui rend difficile la multiplication des buildings ... Pourquoi "win-win ? Parce que affirmation des racines entrepreneuriales après le virage "post-industriel"; affirmation quasi à l'ancienne, dans la lignée de l'évergétisme, d'une puissance entrepreneuriale qui "offre" au public un lieu d'emplettes, de loisir et de culture.. ; et prise en charge du lieu par le public qui s'y plaît et le rend vivant. On ne visite pas Rodin, on le côtoie, en allant au cinéma, dans une ambiance "post-industrielle". L'impertinence est là. Qu'un entrepreneur, richissime de surcroît, valorise son patrimoine, dans tous les sens du terme, avec un zeste de mécénat, ne manquera pas, chez tout bon français, d'engendrer soupçon et méfiance. Qu'importe. Il est agréable d'imaginer qu'un lieu puisse exister, ("anywhere out of the world ?") où un entrepreneur considère que ce qui compte de l'argent qu'il amasse, c'est aussi la valeur que lui donnent le social et le patrimonial - au sens public, cette fois.... On se prend à rêver aussi de ce qu'aurait pu donner autour de l'Ile Seguin une réhabilitation élégamment orchestrée par Renaut et Pinault, où le "doux commerce" (et non le marketing effréné) aurait côtoyé l'art contemporain, le sport, le cinéma et la douceur d'un patio à l'ancienne... Hélas, l'élégance nous a quittés... A coup sûr, l'histoire s'écrira plus tard, des virages ratés de ce qui (re?)devient chaque jour un peu plus l'"Etat français"...